Ariane avait 10-11 ans quand elle écrivit cette longue série :
Dans Limine n°1, elle raconte - sous le nom de Limine - ce qu’elle vit à l’école, ses relations avec ses camarades, sa solitude et les « ricanements » et « moqueries » que suscite son désir de ne pas rester seule, à la fin du rang, surtout quand la maîtresse a demandé que l’on se mette « deux par deux ».
Puis, Ariane imagine des situations dans lesquelles elle est, pendant les
vacances, la « préférée
» de tous, un personnage pour lequel les autres se disputent afin d’être
son ami et qui est rempli de sagesse : c’est elle qui arrête les
disputes, trouve le bon mot qui mettra tout le monde d’accord.
Enfin, c’est le bonheur quand, à la rentrée, elle devient
la « copine » de tout le monde. Elle
décrit avec de savoureux dialogues - parfois carrément «
grossiers » avec sûrement les mots
« osés » qu’utilisent
les enfants sans en comprendre le sens - les rivalités et les luttes
pour devenir « chef ».
A mesure qu’Ariane raconte l’histoire, l’écriture
et le style changent et révèlent son humeur. On comprend le
besoin qu’elle avait d’écrire ce qu’elle vivait afin
d’exorciser la souffrance d’être abandonnée par les
autres et d’être seule. Certains passages de ce petit livre sont
poignants, d’autres sont emprunts de poésie (choix, rareté
des mots, un langage « inventé »,
drôle).
Limine n°2 et Limine
n°3 sont une longue histoire de détective : une pauvre fermière
a, pendant 5 ans, fabriqué des napperons et se les fait voler au moment
où elle va les vendre ! Limine en tête, les enfants essaient
de retrouver les voleurs mais réalisent très vite qu’ils
n’y arriveront pas. Pour consoler la fermière, ils décident
de lui offrir un cadeau et pour cela, ils se cotisent.
Le dialogue des enfants, leurs disputes, leurs remarques sont précieusement
restitués, telle une bande sonore enregistrée.
Ces trois petits livres permettent de voir le travail d’un écrivain,
travail dans lequel les faits réels, les faits imaginés - et
réconfortants pour celui qui raconte l’histoire - se mélangent
les uns aux autres : fiction et autofiction, pourrait-on dire.